Dans l’épisode : Tu entends Olivier Jamann comparer la lutte contre la noyade au long travail de la prévention routière, et raconter le témoignage d'une personne qui a porté secours à un jeune enfant.
« Le problème, c'est que la bouée, elle, elle n'a pas bougé, mais nous, on a évolué. »Olivier Jamann
Tu pars à la bouée comme chaque matin. Tu y arrives, comme chaque matin. Tu en conclus que ta nage tient. La bouée mesure une distance, elle ne dit rien de ton état ce jour-là.
Le repère qui manque se prend sur le bord, avant d'entrer dans l'eau. Trois réponses, un objectif tiré de ces réponses, et le signal qui te fera rentrer. Tout tient sur un coin de carnet ou une note de téléphone, en lac, en mer, et même en piscine.
1. Trois réponses à noter avant ta sortie
Quand la chaleur dure depuis juin, la fatigue s'installe et tu t'y habitues. Tu ne la sens plus. C'est pas ta sensation qui te trompe, c'est ton repère qui s'est déplacé.
Alors tu ne demandes plus à ton corps comment il va. Tu lui poses trois questions précises, et tu écris les réponses.
Ta nuit. Bonne, moyenne ou mauvaise. Un mot suffit. Une mauvaise nuit en pleine chaleur pèse sur la sortie, même si tu te sens réveillé.
Ce que tu as bu depuis le réveil. La déshydratation se construit sur la journée, pas pendant l'effort. Tu notes ce qui est passé avant de partir, pas la gourde qui t'attend sur la plage.
La raison pour laquelle tu y vas. Tu y vas parce que tu en as envie, ou parce qu'après il fera trop chaud. La seconde réponse n'interdit rien. Elle dit que c'est le créneau qui a décidé, pas ton corps.
Mises bout à bout sur plusieurs semaines, ces notes montrent ce que ton ressenti du jour ne montre plus, la fatigue qui s'accumule.
2. Tirer ton objectif du jour de ces réponses
Ta distance habituelle n'est plus le point de départ. Tes trois réponses le sont. Il n'existe pas de grille juste pour tout le monde, ça dépend de toi, de ton eau, de ta saison. Voici une façon de lire tes notes, à ajuster à ta pratique.
Trois réponses au vert. Tu fais la sortie prévue. Tu gardes quand même ton signal de retour, écrit sur le bord.
Une réponse qui coince. Tu gardes la sortie et tu revois l'objectif à la baisse. Un aller-retour plus court, une trajectoire plus près du bord.
Deux réponses qui coincent. Tu changes d'activité plutôt que de renoncer. Marcher dans l'eau, alterner marche et nage. L'effort reste réel.
Aller jusqu'à la bouée n'est qu'une façon parmi d'autres de bouger dans l'eau. C'est pas une sortie au rabais, c'est une sortie réglée sur toi.
3. Écrire sur le bord le moment où tu rentres
Ma deuxième sortie en eau libre a duré une dizaine de minutes. J'étais seul et la panique est montée. J'ai fait demi-tour.
Dans l'eau, ton ego négocie mieux que toi. La décision de rentrer se prend donc avant d'y entrer, à côté de tes trois réponses.
Un signal choisi d'avance. Tu écris la sensation qui te fera rentrer, un stress qui ne redescend pas ou un souffle que tu ne retrouves pas. Le jour où elle arrive, tu n'as plus rien à décider.
Quelqu'un au bord avec un téléphone. Ne jamais y aller seul, c'est le premier levier que donne Olivier Jamann. La personne sait où tu nages et combien de temps tu comptes rester, et elle peut appeler les secours.
Ta bouée de nage accrochée. Elle te rend visible pour tous ceux qui partagent l'eau, du pêcheur au kitesurfeur.
Le décor revu à chaque sortie. Un coup de mer déplace un banc de sable, un rocher bouge. Le repère de ta dernière sortie a peut-être disparu.
Une sortie réussie, c'est d'abord une sortie dont tu reviens avec l'envie d'y retourner.
À ta prochaine séance, en lac comme en piscine, tu notes ta nuit, ce que tu as bu et la raison pour laquelle tu y vas. Ensuite seulement, tu écris ton objectif et ton signal de retour. Ça a marché si ton objectif vient de tes réponses, et plus de ta distance habituelle.