Dans l’épisode : Tu m'entends décortiquer ma séance de midi, longueur par longueur, et expliquer pourquoi un score qui ne bouge pas peut te faire arrêter de nager en novembre.
« Le SWOLF n'est plus un bulletin de notes, ce n'est plus une consécration, c'est un point de repère. »
Soixante et une longueurs ce midi. À la septième, 25 secondes et 9 cycles de bras. À la quarantième, 23 secondes et 11 cycles. D'un côté une nage qui glisse et prend son temps, de l'autre une nage qui tire et enchaîne. Ma montre leur a donné le même chiffre, 34.
Tu as ici de quoi relever ton SWOLF proprement : les trois réglages à figer avant la première longueur, les erreurs de la montre à repérer, une façon de noter qui sépare la vitesse de l'efficacité et la conduite à tenir quand le score refuse de bouger après un mois de travail.
1. Avant la première longueur, fige trois réglages
Un SWOLF ne se compare qu'avec un autre SWOLF à toi. Et encore, seulement si rien n'a bougé autour. Avant de relever le moindre chiffre, tu verrouilles trois conditions. Si l'une d'elles change d'un relevé à l'autre, tu ne compares plus ta nage. Tu compares deux situations.
Le bassin, sur la montre et dans l'eau. Vérifie la longueur de bassin réglée avant de lancer l'activité, pas en sortant de l'eau. Un 25 mètres enregistré en 50, ou l'inverse, et tout le relevé est faux sans que l'écran te prévienne. Et un relevé pris en 25 ne se compare pas avec un relevé pris en 50, les deux bassins n'ont pas les mêmes caractéristiques.
Une seule nage pour le relevé. Choisis la nage que tu mesures et tiens-t'y d'un relevé à l'autre. Deux nages différentes donnent deux scores qui n'ont rien à se dire.
Une coulée qui ne varie pas. Soit tu n'en fais pas du tout, et tu acceptes de pousser moins loin. Soit tu fais toujours la même. La coulée au feeling, longue un jour et courte le lendemain, fausse la comparaison avant même que tu aies nagé.
Ces trois verrous ne rendent pas le chiffre parfait. Ils le rendent comparable, et c'est tout ce que tu lui demandes.
2. Quand ta montre se trompe sans te le dire
Ta montre compte les cycles à partir du bras qui la porte. Un cycle, c'est le bras droit plus le bras gauche. Selon le bras avec lequel tu commences et celui avec lequel tu finis ta longueur, tu as un cycle de plus ou un cycle de moins. Un cycle d'écart, c'est un point de score. Tu ne t'alarmes pas pour un point. Tu regardes ce qui se répète.
Au-delà de ce petit flou, quatre situations rendent le chiffre carrément faux. Chacune a son geste de contrôle.
Ignore le score moyen de séance. Sur ma séance de midi, la montre affiche 38 de moyenne, alors que j'ai fait des longueurs à 25 et d'autres à 60. Cette moyenne ne veut rien dire. Ouvre le détail et lis longueur par longueur, uniquement sur la partie nagée dans les conditions de ton relevé.
Vérifie la nage que la montre a reconnue. La mienne m'a compté de la brasse alors que je n'en ai pas nagé un mètre. Avant de faire confiance à un score, regarde quelle nage la montre a enregistrée sur la longueur.
Soupçonne la coulée quand ça chute. Le temps de la longueur inclut ta coulée, et sous l'eau aucun cycle n'est compté. Si ton score descend d'un coup, demande-toi d'abord si tu es sorti plus loin du mur.
Laisse le gabarit hors du jeu. Le score récompense l'amplitude, donc il récompense les grands. Je fais un mètre 92, ça m'aide. Comparer ton score à celui d'un autre nageur, c'est comparer deux tailles, pas deux nages.
3. Trois colonnes plutôt qu'un seul chiffre
Le réflexe tient dans un carnet ou une note de téléphone. Au lieu d'écrire 34, tu écris 25, 9, 34. Puis 23, 11, 34. Même total, et d'un coup tu vois deux nages. Le temps, les cycles, puis le score. C'est la séparation qui rend le chiffre lisible.
Pas de montre, pas de souci. Tu chronomètres ta longueur, tu comptes tes cycles, tu additionnes. Si tu as l'habitude de compter chaque main qui entre dans l'eau, tu divises par deux pour retrouver tes cycles.
Le temps baisse, les cycles montent. Tu as gagné de la vitesse en tournant plus vite. Ni bien ni mal, si c'était l'intention de ta longueur.
Le temps monte, les cycles baissent. Tu as pris de l'amplitude, tu as laissé glisser. C'est la longueur d'échauffement typique, celle où tu construis tes appuis.
Les deux baissent ensemble. C'est le seul cas où le total dit la même chose que les deux colonnes, à condition que tes trois réglages n'aient pas bougé.
La bonne lecture dépend de ce que tu travailles ce jour-là. Une longueur qui tourne vite n'est pas une longueur ratée. Elle répond, ou pas, à ce que tu étais venu chercher.
4. Même score après un mois, ton travail n'est pas perdu
Le cas qui fait le plus de dégâts. Le 1er septembre, tu relèves 50. Tu passes un mois à travailler tes appuis. Le 1er octobre, même test, 50. La tentation, c'est de conclure que tu as perdu un mois, que tu n'as pas travaillé dans le bon sens, que ce n'est pas fait pour toi.
Sauf que le gain sur les appuis n'est peut-être pas encore automatisé. Il te demande de la concentration, des ressources en plus, et le temps ne suit pas encore. C'est pas un mois perdu, c'est un mois qui n'a pas encore payé.
Regarde d'abord la colonne des cycles. Si tes cycles ont baissé pendant que ton temps montait, tes appuis travaillent. Le total les cache, tes colonnes les montrent.
Note ce que la longueur t'a coûté. Ajoute une ligne à côté des chiffres : concentration, sensation d'appui, ce qui était dur. C'est ce qui t'aidera à relire le relevé suivant.
Refais le relevé avec les mêmes verrous. Même bassin, même nage, même coulée. Un score identique pris dans d'autres conditions ne prouve rien, ni dans un sens ni dans l'autre.
Voir ses progrès, c'est un des leviers qui te font revenir au bord du bassin. Un chiffre qui les cache peut te faire décrocher. Tes trois colonnes les rendent visibles.
À ta prochaine séance, vérifie la longueur de bassin sur ta montre avant de lancer l'activité. Choisis une longueur dans ta nage habituelle, sans coulée ou avec ta coulée habituelle, et note séparément le temps, les cycles et le score. Ça a marché si, en relisant tes trois chiffres, tu sais dire si cette longueur était plutôt ample ou plutôt rapide.