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Épisode 254 • Psychologie & Charge Mentale

Nager longtemps
une tranche après l'autre

Avec Marion Coudert 30 août 2026 57 min Psychologie & Charge Mentale
MC
L'invité de cet épisode

Marion Coudert

Nageuse d'ultra-distance, triathlète amateur et coach en triathlon

Marion Coudert a 33 ans. Elle vit en Angleterre et exerce un métier sans aucun lien avec le sport. Elle a traversé la Manche en maillot en septembre 2023, en 15 heures, puis le lac Léman dans sa longueur en juillet 2026 : 70 kilomètres en quasiment 30 heures. Elle est la première Française à l'avoir fait sans combinaison.

Elle a nagé en club jusqu'à ses 18 ans. Elle est revenue à l'eau par un club de triathlon à Londres, où elle a découvert l'eau libre.

Dans l’épisode : Tu entends Marion raconter son saut dans la nuit au départ de la Manche, le projecteur qu'elle suit sans savoir si c'est son bateau, et le sprint qu'on lui demande après douze heures de nage.

« Ton corps est capable de faire tellement de choses si ton mental suit. »Marion Coudert

Une bouteille lancée depuis le bateau, toutes les demi-heures. Pendant quasiment 30 heures dans le lac Léman, Marion Coudert ne s'autorise pas d'autre horizon. Ni les 70 kilomètres, ni les heures qui restent. Seulement la prochaine bouteille.

Ta séance longue n'a ni bateau ni lac. Le piège, lui, est le même : tu calcules ce qui reste, et tes bras pèsent déjà le double. Ton problème, c'est pas la distance, c'est l'horizon que tu regardes. Tu trouves ici de quoi découper ta séance, occuper ta tête entre deux murs, tenir quand ça devient lourd et allonger le tout sans te griller.

1. Monte ta tranche avant d'entrer dans l'eau

Le principe tient en une ligne : tu ne nages jamais plus loin que la fin de ta tranche. Dans la Manche, Marion le résume ainsi : quinze heures, ça ne fait que trente demi-heures. Dans ton bassin, la tranche est plus courte. Le mécanisme ne change pas.

Ce qui fatigue en premier, c'est rarement le corps. C'est la tête qui projette, qui additionne, qui annonce la fin trop loin. La tranche lui retire ce travail. Elle n'a plus qu'une échéance à surveiller, et cette échéance arrive vite.

Fixe la durée sur le bord. Cinq minutes pour un premier essai, dix si tu tiens déjà 45 minutes sans t'arrêter. Ça dépend de ta séance, pas d'une norme. Ce qui compte, c'est de décider la durée avant de mettre la tête dans l'eau, pas au milieu d'une longueur.

Un seul rituel au mur. Une gorgée, un coup d'œil aux lunettes, une longue expiration. Toujours le même, toujours en moins de trente secondes. Le rituel ferme la tranche, et il te fait boire au passage.

Une seule décision à prendre. Pendant le rituel, tu tranches une seule chose : tu repars pour une tranche, ou tu t'arrêtes. Le reste de la séance n'existe pas encore.

Cache le cumul. Si ta montre affiche la distance totale, passe sur un écran qui ne montre que le chrono. Le total, tu le découvres sous la douche.

Dans un bassin chargé, le mur ne t'appartient pas toujours. Tu peux caler la fin de ta tranche sur le mur le plus proche, quitte à nager une longueur de plus ou de moins. La tranche est un repère, pas un contrat.

2. Donne une occupation à chaque tranche

Marion ne regarde jamais où elle va. Elle garde son bateau à droite, à la même distance, et c'est le bateau qui s'oriente. Sa tête, elle, a trois options : elle pense à sa technique, elle compte ses mouvements, ou elle part complètement ailleurs, jusqu'à chanter dans sa tête. Dans ton couloir, la ligne au fond joue le rôle du bateau. Tu n'as plus qu'à choisir l'occupation.

Une tranche, un seul point technique. Ta main qui entre loin devant, ton expiration longue sous l'eau, ta tête qui reste basse. Un seul à la fois. Tu le choisis au mur, tu le gardes jusqu'au mur suivant.

Compte quand la tête s'emballe. Si tu te surprends à refaire le calcul de ce qui reste, compte tes coups de bras sur la longueur en cours. Le comptage ramène l'attention dans l'eau, là où elle te sert.

Laisse filer une tranche sur trois. Aucune consigne, aucun chiffre. Tu nages relâché et tu laisses la tête vagabonder. Marion décrit cet état un peu méditatif où les heures passent sans laisser de souvenirs. Tu peux le chercher, sur une tranche courte.

Alterner ces trois occupations évite l'usure d'une seule. Le point technique s'épuise si tu le tiens trop longtemps, la rêverie aussi. Change au mur, pas en pleine longueur.

3. Quand une tranche pèse plus lourd que prévu

Marion tient une chose de l'ultra-endurance : un passage où tu te sens fini ne dit rien de l'heure d'après, à condition d'avoir continué à manger et à boire. Le corps récupère en route, si tu lui en donnes les moyens. En piscine, l'échelle est plus petite, la logique reste la même.

Bois au mur, même sans soif. C'est quand tout pèse que la gorgée compte le plus. Ne la saute pas sous prétexte que ça va mal.

Fatigue oui, signal d'alerte non. Cette logique vaut pour la fatigue. Elle ne vaut pas pour une douleur vive, un vertige ou un froid qui te fait trembler : là, tu sors, sans négocier. Autour de Marion, deux observateurs vérifient qu'elle reste lucide. Seul dans ton couloir, ce contrôle, c'est toi qui le fais.

Une tranche lente avant de trancher. Si c'est seulement lourd, nage la tranche suivante en dos ou en crawl très relâché. Marion se repose sur le dos moins d'une minute, sans toucher le bateau, puis elle repart. Au mur suivant, tu décides avec la tête plus claire.

Arrêter la séance plus tôt que prévu n'est pas un échec. C'est une décision prise au mur, à froid, avec une information que tu n'avais pas en entrant dans l'eau. Note simplement à quelle tranche c'est arrivé : la prochaine fois, tu sais où se trouve ton passage difficile.

4. Allonge la tranche quand elle devient banale

Marion n'est pas partie sur 70 kilomètres. Elle a nagé 5 kilomètres, puis 10, et elle n'a ajouté de la distance qu'après un palier bien passé. Après la Manche, elle a vécu un vrai épuisement. Pour le Léman, elle a changé sa façon de s'entraîner, avec moins de pression et des pauses assumées. Ta tranche peut suivre la même pente, et le même respect du repos.

Le signal pour monter. Tu as bouclé toutes tes tranches, tu as bu à chaque arrêt et tu sors en forme. Si c'est le cas deux séances de suite, tu peux monter d'un cran.

Allonger ou ajouter, à toi d'arbitrer. Allonger la tranche entraîne ta tête à tenir plus longtemps sans repère. Ajouter une tranche garde des arrêts fréquents, plus faciles à caser dans un bassin plein. Les deux avancent, pas sur le même terrain.

Une semaine légère sans culpabilité. Marion enchaînait trois semaines sérieuses et une semaine de repos, sans se reprocher une séance ratée. Tu peux t'inspirer du principe sans copier le rythme : une semaine où tu nages seulement si tu en as envie.

La fréquence avant la longueur. Quand elle coache, Marion conseille de nager deux ou trois fois par semaine pour garder la sensation de l'eau, plutôt que de tout miser sur de grosses séances. Une séance longue repose sur des séances courtes et régulières.

À ta prochaine séance
quatre tranches de cinq minutes, gourde au mur

Pose ta gourde au bout de ta ligne d'eau, puis nage quatre fois cinq minutes de crawl tranquille, avec une gorgée et rien d'autre à chaque arrêt. Compte tes coups de bras sur une longueur pendant la première tranche, puis pendant la quatrième. C'est réussi si ce nombre a à peine bougé et que tu n'as pas regardé le cumul une seule fois.

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