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Épisode 248 • Interviews : Experts & Haut Niveau

Noyade d'un enfant
quinze secondes, puis il alerte

Avec Guillaume Bourbon 19 août 2026 58 min Interviews : Experts & Haut Niveau
Guillaume Bourbon, directeur d'Aquasecurit, formateur de maîtres-nageurs à la sécurité
L'invité de cet épisode

Guillaume Bourbon

directeur d'Aquasecurit, formateur de maîtres-nageurs à la sécurité

Guillaume Bourbon est maître-nageur. Il dirige Aquasecurit et forme des maîtres-nageurs, surtout à la sécurité. Pendant trente ans, il a été officier de sapeurs-pompiers, en charge de la surveillance des plages en Savoie.

Il s'implique dans la prévention des noyades dès qu'il en a l'occasion : auprès du grand public, dans des travaux ministériels, dans des colloques et des conférences.

Dans l’épisode : Tu entends Guillaume raconter le médecin brésilien qui apprend le massage cardiaque aux enfants avec un bouchon de bocal de cornichons, et les structures gonflables de trois mètres qui débarquent sur les lacs.

« On ne lui demande pas d'aller faire un massage cardiaque. On lui dit, tu as une situation anormale, et on te demande juste de réagir. »Guillaume Bourbon

Une classe est assise dans le petit bain. Chacun met la tête sous l'eau à son tour. Le groupe compte à voix haute. Le meilleur tient quinze secondes, et à partir de là, ce chiffre devient un seuil.

Ce repère, tu peux le poser avec ton enfant avant même qu'il sache nager. Il ne lui demande ni force ni technique. Juste de compter, puis de dire à un adulte « mon copain est resté trop longtemps sous l'eau ».

1. Cinq minutes assis dans le petit bain

Guillaume a mené cette séance quand il accompagnait ses enfants à la piscine avec l'école. Première séance, cinq minutes, aucun matériel. Un groupe, de l'eau, une voix qui compte.

Tout le monde assis. Les enfants s'assoient dans le petit bain. Chacun met la tête sous l'eau à son tour, les autres comptent à voix haute.

Le plus fort fixe le chiffre. Chez Guillaume, le meilleur a tenu quinze secondes. Les enfants l'ont compté eux-mêmes. Quinze n'est plus un chiffre abstrait, c'est un temps qu'ils ont vu passer.

La consigne en une phrase. Quand quelqu'un reste la tête sous l'eau, on compte jusqu'à quinze. S'il a toujours la tête sous l'eau à quinze, on prévient un adulte.

Les mots à lui donner. Fais-lui répéter la phrase qu'il dira : « Mon copain est resté trop longtemps sous l'eau. » Il la dit fort, au premier adulte qu'il trouve, sans attendre d'être sûr.

Au-delà de quinze secondes, soit c'est un apnéiste, soit quelque chose ne va pas. L'enfant n'a pas à trancher. On ne lui demande pas de plonger, ni de masser, ni de juger si c'est grave. Il compte, il prévient.

Avec un seul enfant, la séance marche aussi. Il met la tête sous l'eau, vous comptez ensemble, et tu poses la même consigne avec le chiffre de quinze.

2. Savoir quand y aller avant de savoir sauver

Pour accompagner une classe à la piscine, un parent passe un agrément. On vérifie qu'il sait aller chercher un enfant et le sortir de l'eau. Personne ne lui apprend à quel moment sauter.

Guillaume a vu un parent accompagnateur et un instituteur regarder un enfant faire le bouchon sans comprendre ce qui se passait. Reconnaître une noyade est déjà difficile pour un professionnel, parce qu'elle ne ressemble pas aux films. Un chiffre, lui, se compte, même quand on ne sait pas lire la scène. Selon l'endroit, ton enfant sait aussi vers qui courir.

En club, l'entraîneur. Guillaume parle de l'enfant qui passe trois fois au-dessus d'un camarade resté au fond sans y voir un problème, parce qu'on ne lui a jamais dit que c'en était un. Un copain au fond plus de quinze secondes, il prévient l'entraîneur.

À la maison, papa ou maman. Si le petit frère ou la petite sœur reste sous l'eau dans la piscine de la maison, il va chercher papa, maman, le voisin ou la voisine. Un adulte aussi peut faire un malaise dans l'eau, et le seuil vaut pour lui comme pour un enfant.

À la piscine, le maître-nageur. En arrivant, montre-lui où se tient le maître-nageur. Il sait vers qui courir avant même d'entrer dans l'eau.

Dans ta ligne, toi aussi. Guillaume évoque des nageurs de club qui ont perdu connaissance à l'échauffement ou pendant l'entraînement. Si un nageur de ta ligne reste au fond plus de quinze secondes, tu préviens le maître-nageur, sans attendre d'être sûr.

Tu peux aussi compléter ce que tu dis déjà à ton enfant. « Tu ne vas pas dans l'eau sans un adulte » le protège, lui. « Si un copain y va seul, tu viens nous chercher » le tourne vers les autres.

3. Le maître-nageur ne surveille pas à ta place

Guillaume pose une image en formation. Le dimanche, devant la piscine, un grand panneau annonce « aujourd'hui, pas de surveillance, débrouillez-vous ». Bon nombre de parents surveilleraient beaucoup mieux leurs enfants. S'ils se relâchent sur leur téléphone, c'est parce qu'ils savent que quelqu'un s'occupe de la sécurité à leur place. Il le dit franchement : on a peut-être été trop loin dans la sécurisation.

Quand cinq cents baigneurs remplissent le bassin pendant une canicule, avec des dizaines d'enfants dans l'eau, les maîtres-nageurs surveillent. Guillaume voit ce travail en collaboration avec les parents. Sauf que personne ne leur a appris leur part.

Le bord du bassin est un balcon. Personne ne laisse la porte du balcon ouverte quand la barrière est démontée. Un enfant qui ne sait pas nager et qui marche au bord du bassin pendant que son parent regarde son téléphone sur la pelouse, c'est la même situation.

Le cri n'est pas une alarme. Des parents étendent le linge en pensant qu'ils entendront leur enfant crier s'il tombe à l'eau. Guillaume en compte des centaines. Ce que tu vois compte plus que ce que tu crois entendre.

Trois minutes sur l'écran. Un coup d'œil aux messages paraît court. Il dure souvent trois ou quatre minutes, et Guillaume rappelle que cela suffit pour se noyer. Tu peux choisir de laisser ton téléphone au casier dès l'entrée.

Dans le mur de Guillaume, chaque acteur est une brique : l'éducation du public, l'aménagement des espaces, la formation des professionnels, le savoir nager, la surveillance, le retour d'expérience, la réglementation. Enlève une brique et l'eau passe à travers. Mets-en une seule et ça ne suffit pas. Le maître-nageur tient la surveillance. Ton attention et le seuil appris par ton enfant font partie de la brique de l'éducation.

4. Dire ce qu'il sait faire, et où

Des parents demandent à Guillaume si leur enfant sait nager. Il ne répond jamais. Il ne sait pas quelle définition ils mettent derrière, ni ce qu'ils en attendent : faire un triathlon, ou revenir au bord de la piscine. Certains parents pensent que leur enfant sait nager parce qu'il a mis la tête sous l'eau.

Savoir nager quand tu es là ne veut pas dire savoir nager seul. Sans le parent à côté, l'enfant perd la confiance qui le portait.

Une phrase avec un contexte. « Il est capable de nager cinq mètres et de revenir au bord s'il tombe dans la piscine de la maison. » Cette phrase dit quelque chose. Nager avec un gilet de sauvetage en kayak, c'est une autre phrase.

Pars de ce que vous allez faire. La mer, un parc aquatique ou le canyoning ne demandent pas le même niveau de sécurité. Tu peux en parler avec un maître-nageur à partir de vos projets, pas à partir d'un mot.

Cinq mètres en cours, pas seul. Réussir cinq mètres sans flotteurs avec le maître-nageur, c'est un vrai progrès. Ça ne veut pas dire que ton enfant peut rester seul dans l'eau.

La même question pour toi. Au bord d'un plan d'eau, Guillaume te propose de vérifier si tu as le droit de t'y baigner, quels risques il cache et si ton projet reste raisonnable. La traversée du lac se décide sur la rive, pas après 400 mètres, au milieu.

Le seuil des quinze secondes ne dépend pas de ce que ton enfant sait faire dans l'eau, mais de ce qu'il sait repérer. Tu peux donc le poser dès sa première séance, avant même qu'il nage.

À ta prochaine séance
Compter jusqu'à quinze avec ton enfant

À ta prochaine séance avec ton enfant, assieds-toi avec lui dans le petit bain, comptez ensemble pendant qu'il met la tête sous l'eau, puis donne-lui la consigne et la phrase « mon copain est resté trop longtemps sous l'eau ». Le repère est en place quand, en sortant, il te dit sans hésiter qu'il compte jusqu'à quinze et à quel adulte il va le dire. À ta propre séance, repère où se tient le maître-nageur avant d'entrer dans l'eau.

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