ÉPISODE 238 • INTERVIEW

Apprendre à nager
les bassins qui manquent en France

Avec Alain Bernard 24 min 29 juillet 2026
Alain Bernard
L'invité de cet épisode

Alain Bernard

Consultant sportif. Il travaille aujourd'hui sur le maillage territorial des bassins et sur l'aisance aquatique, et il est apporteur d'affaires sur des solutions de piscines, dont le concept Piscine Essentielle. Il le dit lui-même à l'antenne, et tu le sais donc avant de l'écouter.

Sur une heure de piscine avec l'école, les enfants passent quarante à quarante-cinq minutes dans l'eau. Et dix-sept à vingt minutes seulement à construire leurs capacités motrices. Une fois par semaine. Alain Bernard donne ce chiffre au début de l'épisode, et ce qui suit ne parle plus tout à fait des enfants.

Son image est plus parlante que le chiffre. Tu vas au ski le lundi matin, tu skies dix-sept minutes, tu attends une semaine entière, tu recommences. Au bout de huit ou dix semaines, tu skies un peu mieux qu'au premier jour, et tu n'es toujours pas à l'aise. Personne ne s'en étonnerait au ski. Dans l'eau, on appelle ça ne pas être doué.

Cette page ne reprend pas l'épisode. Elle prend le relais là où il s'arrête, du côté de l'adulte qui écoute, et qui repart avec un chiffre national dont il ne sait pas quoi faire lundi.

1. Ton temps utile, et comment le compter

Le chiffre de Bernard décrit une séance scolaire. Ta séance d'adulte a la même maladie sous une autre forme. Tu as quarante-cinq minutes de créneau, tu en passes une partie à enchaîner des longueurs en pilote automatique, et tu ressors en ayant nagé sans avoir travaillé.

Le test tient en une séance. À ta prochaine sortie, note deux nombres. Les minutes pendant lesquelles tu travaillais quelque chose que tu pouvais nommer avant d'entrer dans l'eau. Et les minutes de remplissage. La plupart des nageurs adultes découvrent que le premier nombre est nettement plus petit qu'ils ne le croyaient, et c'est une bonne nouvelle : c'est la seule variable que tu contrôles entièrement.

Deux leviers font remonter ce nombre, et aucun ne demande plus de temps de bassin. Un seul éducatif par séance, travaillé jusqu'à ce qu'il devienne disponible sans y penser, plutôt que dix survolés qui repartent comme ils sont venus. Et raisonner en temps de travail plutôt qu'en distance : quatre fois trois minutes sur une intention précise valent mieux qu'un kilomètre avalé pour le compteur.

Une séance courte n'enlève rien à cette logique. Elle passe à un seul bloc technique au lieu de deux, et le reste tient debout.

2. Ce que tu peux vérifier autour de chez toi

Alain Bernard donne un ordre de grandeur que peu de gens connaissent. Il faudrait environ un mètre carré d'eau pour dix mille habitants pour que le maillage tienne. La France en est à un mètre carré pour dix-sept mille. C'est de cet écart que viennent les quatre cents à six cents bassins qui manquent.

Ce chiffre est national, et il ne te sert à rien tel quel. Le tien est local, et il se relève en dix minutes sur le site de ta piscine. Compte les heures réellement ouvertes au public sur une semaine, hors créneaux scolaires et hors clubs. C'est ce nombre-là qui décide de ce que tu peux organiser, pas la surface du bassin.

Ajoute le temps de trajet dans le calcul, il pèse autant que le créneau lui-même. Une piscine à vingt-cinq minutes ouverte à un horaire qui t'arrange bat une piscine à dix minutes ouverte quand tu travailles. Le créneau que tu tiens vaut mieux que celui que tu voudrais.

Et puisque beaucoup d'établissements ferment plusieurs semaines dans l'année, le plan de repli se décide en même temps que le créneau, pas au moment où le rideau tombe. Un lac, une autre piscine, ou une période assumée sans eau qui sert à autre chose.

3. Ce que ça change de savoir d'où vient le trou

Bernard parle des enfants d'aujourd'hui. Toi, tu as été cet enfant-là. Si tu es un adulte qui n'a jamais été tranquille dans l'eau, la conséquence est immédiate et elle est brutale de simplicité : tu n'as pas raté ta chance, tu as eu dix-sept minutes par semaine.

Ce n'est pas une absolution, et ça ne rattrape rien tout seul. C'est un déplacement. La question cesse d'être « pourquoi je n'y arrive pas », qui n'a aucune réponse utile, pour devenir « qu'est-ce que je fais du temps que j'ai ». La deuxième se travaille.

Elle change aussi la lecture des paliers. Le moment où tu as l'impression de ne plus progresser est presque toujours le moment où tu automatises ce que tu viens d'apprendre. C'est le pire moment pour arrêter, et c'est précisément là que la plupart des adultes arrêtent, parce que personne ne leur a expliqué ce qui se passait.

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