ÉPISODE 234 • LIVE SWIM SMART × DEVENIR TRIATHLÈTE

Le triathlon n'est pas réservé
aux machines

Live intégral, avec Ermanno Di Miceli (Devenir Triathlète) 1 h 39 Lac de la Liez, Haut'Marne Triathlon

Au départ de la vague, les nageurs entrent dans le lac ensemble. Regarde-les respirer : presque tous tournent la tête tous les trois temps, de la tête de course à la fin du peloton. Le premier parce qu'il sort d'un club où on lui a dit trois temps. Le dernier parce qu'il a entendu, quelque part, que c'était comme ça qu'on faisait. Presque aucun ne saurait dire pourquoi. Le direct raconte cette journée entière. Cette page te donne le mode d'emploi de ce qu'on y a ouvert : comment trouver ta respiration à toi, et quoi faire quand un enfant a peur de l'eau.

Trois temps, et la seule question qui compte

Nager en trois temps n'est pas un problème. Je le pose tout de suite, parce que la suite pourrait laisser croire le contraire. Le problème n'est jamais la fréquence en elle-même, c'est de ne pas savoir pourquoi tu l'as prise.

Alors pose-toi la question une fois, sérieusement : pourquoi tu respires tous les trois temps. Si tu as une réponse, n'importe laquelle, tant qu'elle vient de ta nage et de ce que tu ressens dans l'eau, tout va bien, garde ce que tu fais. Si la réponse est « parce que mon coach l'a dit » ou « parce que je l'ai vu à la télé », tu n'as rien choisi, tu as hérité. Et un réflexe hérité ne connaît rien de ton histoire, de tes segments, de ton souffle ni de tes craintes. Il a été donné à tout le monde en même temps, dans un couloir, à des gens qui ne te ressemblent pas.

Tourne la tête quand tes poumons sont vides

Si tu es oppressé dès les premières longueurs, si tu fatigues bien trop vite pour l'effort que tu produis, ton problème n'est presque jamais ton endurance. C'est le moment où tu vas chercher l'air.

Quand tu sors la tête avec les poumons encore à moitié pleins, tu as deux choses à faire dans le temps très court où ta bouche est hors de l'eau : vider, puis inspirer. Ça ne passe pas. Tu prends une inspiration partielle, tu repars en dette, et la dette grossit à chaque cycle. Quand tu sors la tête avec les poumons vides, l'inspiration est réflexe. Tu n'as rien à faire, l'air rentre tout seul, et il rentre en entier. Tu prends ton air quand tu as besoin d'air, pas quand le compte tombe juste.

Tu fais déjà exactement ça ailleurs, sans y penser. Quand tu cours, tu ne respires pas tous les trois pas parce qu'un livre l'a écrit. Tu marches doucement, tu as une respiration. Tu accélères, tu en as une autre. Ton corps ajuste seul, parce qu'il court depuis que tu as trois ans. Dans l'eau, cet automatisme n'existe pas, personne ne l'a construit pour toi. Tu le construis à la main, et ça se travaille comme le reste.

Le réglage, c'est ton expiration, pas ta fréquence

Voilà où presque tout le monde se trompe de bouton. Le cinq temps devient trop long, le souffle monte, et le réflexe est de repasser en trois. Ça soulage sur le moment, mais tu viens de changer la variable la plus visible, pas la bonne.

La bonne, c'est ton débit d'expiration. Tu souffles dans l'eau plus ou moins vite, pour que tes poumons soient vides pile au moment où ta tête tourne. Sur du calme, tu souffles lentement et tu tiens cinq temps, sept, davantage encore en sachant que tu entres dans l'apnée. Sur de l'intensité, tu vides plus vite et le trois temps redevient juste. Tu ne subis plus ta fréquence, tu la règles.

Le trois temps garde d'ailleurs un vrai avantage : droite, gauche, droite, il t'oblige à la symétrie et il t'équilibre. Si tu arrives à vider tes poumons dans ce temps-là, tu as le meilleur des deux mondes, garde-le sans hésiter. Si tu n'y arrives pas, tu peux choisir entre ajuster ton débit et changer de fréquence. Ça dépend de ce que tu nages ce jour-là, et c'est très bien comme ça : une technique parfaite dans l'absolu n'existe pas, il y a la tienne, à l'instant où tu nages.

Si tu accompagnes un enfant au bord du bassin

En leçon et en scolaire, j'ai vu passer beaucoup d'enfants qui avaient peur de l'eau. Cette peur a deux origines, et elles ne pèsent pas du tout le même poids.

La première, c'est l'accident. Il est tombé dans l'eau ou dans la baignoire, il a eu peur une fois, la trace est restée. C'est réel, et c'est rare. La seconde est de très loin la plus fréquente : la peur ne vient pas de l'enfant, elle vient de nous. Des semaines de « ne va pas là-bas, c'est dangereux », de « tu vas te noyer », répétées par un adulte inquiet. Un enfant n'a pas peur au départ, c'est précisément pour ça qu'il met les doigts dans la prise. Il apprend à avoir peur parce qu'on lui a appris, phrase après phrase.

Un jour, en scolaire, un gamin qui allait très bien s'est mis à pleurer parce que je lui proposais d'enlever ses lunettes. Ses parents lui avaient dit que sans lunettes, dans l'eau, il lui arriverait quelque chose. Il ne pleurait pas devant l'eau. Il pleurait devant une phrase.

Alors écoute ce que tu dis à côté de la piscine, bien avant d'y entrer. Tu peux nommer une règle sans nommer une menace : « on entre dans l'eau avec un adulte » tient debout tout seul et n'a pas besoin de « tu vas te noyer » pour être respecté. Et le jour où ton gamin galère dans l'eau et finit quand même, ce n'est pas un échec, c'est une étape. En tombant, on apprend à se relever.

Le triathlon n'est pas réservé aux machines, et la nage non plus. Ce qui sépare le nageur du peloton de celui de la tête de course, ce n'est pas un corps, c'est ce qu'on lui a expliqué. Si tu te reconnais dans celui qui respire en trois temps sans savoir pourquoi et qui sort de l'eau essoufflé sans savoir quoi corriger, ce flou ne s'arrête sûrement pas à la respiration. Le diagnostic Swim Smart te situe dans un profil précis de nageur adulte qui stagne, en 10 questions et trois minutes : swimsmart.fr/diagnostic.